mardi 29 octobre 2013

Désirs et volupté à l'époque victorienne...



Hello hello !
Aujourd’hui on va parler culture et peinture, puisque lundi je me suis aventurée au musée Jacquemart-André pour voir l’exposition « Désirs et volupté à l’époque victorienne » (qui dure du 13 septembre au 20 janvier 2014).


Crédit: Culturespaces / C. Recoura

Evidemment, je vous le donne en mille, qui avait oublié son appareil photo… ? Bibi bien sûr ! Je me rattraperais la prochaine fois, promis…

Bref. Malgré une bonne passion pour l’histoire et 2 ans de cours d’histoire de l’art, je suis très loin d’être une spécialiste en peinture et je découvrais complètement ce musée, cette exposition… Cette dernière nous proposait un petit voyage au temps de Victoria au XIXème siècle, un temps austère et rude, placé sous le signe de la rigueur morale… Des artistes, tels Lawrence Alma-Tadema, John William Godward ou Edmund Blair Leighton, auront consacré leur art à la recherche de la beauté formelle par le biais du nu, du fantastique, de l’Antiquité, du Moyen-Age, de la sensualité du corps féminin… Les femmes sont lascives, ensorcelantes, amoureuses, toujours esthétiques. Ils s’inspirèrent de scènes mythologiques, moyenâgeuses ou antiques, mais aussi de poèmes pour peindre leur rêve de beauté.

Une exèdre, 1871, Alma-Tadema

L’exposition (dont les œuvres provenaient de la magnifique collection de Pérez Simon) commençait avec, en parti, des peintures d’Alma-Tadema. Tout était, bien évidemment, magnifique. Et puis, au milieu de ces huiles sur bois… Deux « petites » œuvres, de 18,5 x 37,7 cm, Une exèdre, 1871, et Le Vin grec, 1873 … De l’aquarelle sur carton. Et là, j’ai vraiment pu mesurer le talent de ce monsieur… Parce qu’autant les peintures à l’huile je n’y connais rien mais je me laisse impressionner, autant l’aquarelle m’a interloquée par sa précision, ses détails… Le sujet du tableau n’était pas pour moi palpitant, mais cette prouesse technique m’a laissée sans voix. J’aimerais bien un jour atteindre le 10ème de son talent en aquarelle…

La Reine Esther, 1878, Edwin Long
crédits : desirs-volupte.com


Dans cette pièce, il y avait deux autres monstrueuses pièces qui elles, m’ont touchées par le sujet, leur beauté... Tout d’abord, La Reine Esther d’Edwin Long (1878), que j’avais déjà repérée en fouinant sur internet des détails sur l’exposition. C’est son regard sombre, ses mains crispées, les décors, les vêtements… On sent une sourde résignation, une dignité, de l’héroïsme même. Et c’est bien normal puisqu’Edwin la représente juste avant qu’elle n’affronte son époux, Xerxès (coucou 300) pour tenter de sauver les Juifs de Babylone… Elle risque la peine de mort pour cet affront, car en plus, elle n’a pas le droit de paraître devant lui s’il ne lui en donne pas l’ordre. Même sans savoir le contexte historique, on sent une grande tension dans cette œuvre.
J’ai été tellement touchée que j’ai été traquer les posters reproduisant ce tableau pour m’en procurer un et l’encadrer dans ma chambre…

Les Roses d'Héliogabales, 1888, Alma-Tadema
crédits : desirs-volupte.com






L’autre sublime œuvre, que l’on voit un peu partout si on s’intéresse à cette exposition puisqu’elle est beaucoup utilisée dans la promotion, c’est Les Roses d’Héliogabale, 1888, d’Alma-Tadema. Pour celui-là, je n’avais pas d’abord saisi la tension dramatique qui s’y déroule, j’ai surtout été frappée par cet écroulement de pétales de roses juste magnifiquement rendu et le regard de la jeune femme au premier plan, à droite (et un peu aussi par l’improbable coiffure du monsieur juste au dessus d’elle…). Et puis comme toujours, l’effet du marbre est saisissant, les détails dans les expressions, vêtements, coiffures, juste hallucinants…
L’histoire de ce tableau donc, raconte comment l’Empereur Syrien Héliogabale (203-222), assassine des courtisans en utilisant un toit réversible pour faire tomber en abondance des violettes, tellement qu’ils en meurent étouffés… Lui-même, en arrière-plan (et en sécurité), regarde la scène d’un air nonchalant, alors que ses convives à côté rient allègrement. Pour son tableau, Alma-Tadema a choisit de remplacer les violettes par des roses, plus belles, et au symbole plus fort.
Il paraît que le jour même où on exposa la toile pour la première fois – en 1888 à la Royal Academy, le peintre la retouchait une dernière fois sur place. J’ai été aussi amusée d’apprendre qu’il avait ajouté le nom « Alma » (d’un oncle ou d’un cousin, je ne sais plus) à Tadema, pour apparaître parmi les premiers dans les registres, livres et autres…

La Mer Enchantée, 1899, Payne
Un exemple de peinture inspirée du Moyen-Age
crédits : desirs-volupte.com


Je pourrais vous parler de toutes les œuvres qui m’ont interloquées pendant cette exposition, mais je crains que ça ne transforme cet article en roman passionné, naïvement enthousiaste puisque je ne connais pas encore tout de ce mouvement et de ces détails intimes.
Même si j’ai adorée les belles femmes ensorcelantes de Waterhouse, drapées de robes de velours, versant des philtres d’amour d'un air intriguant, ou les plis travaillés, expressions songeuses et courbes sensuelles de Strudwick (deux artistes plutôt inspirés par le Moyen-âge), j’ai préféré ces artistes qui puisaient leur art dans l’Antiquité (les corps "dissimulés" sous des voiles sensuels, l’architecture, le marbre…). Comme ce dernier artiste William Clarke Wontner. J’ai trouvé qu’il y avait une telle douceur dans ses portraits, dans les regards de ces femmes, leurs doux sourires…

La Joueuse de Saz, 1903, Wontner
crédits : desirs-volupte.com

En particulier celui-là, La Joueuse de saz (Dancing Girl), 1903, d’inspiration Orientale. A l’époque, en Angleterre, on imagine des harems, des danses et des femmes lascives, le tout sans exactitude historique… L’important, c’est l’exotisme et la sensualité. Wontner imagine des motifs orientaux, des tissus vaporeux… Car on ne possède pas alors de photographies des femmes Orientales. Cependant, le musée de South Kensington par exemple, possédait plusieurs exemplaires de cet instrument dont la jeune femme joue (un "baglama", ou "saz"), et Wontner pu y apporter un soin particulier.

L’exposition n’est pas aussi longue que ce à quoi je m’attendais, mais elle était au finale gorgée de trésors inattendus, avec des explications pertinentes.  Ce sont des tableaux peu connus en France, on connaît surtout les Impressionnistes qui ont émergés à la même époque (et bien que ces deux courants soient très différents dans leurs philosophies, ils avaient en commun de vouloir rejeter les normes académiques et les vieux maîtres). De plus, le musée en lui-même est sublime et je vous invite vraiment à aller le visiter…

Gros bouquiiiiiin !
Désirs & Volupté, Culturespaces, Fonds Mercartor

Je suis bien sûr repartie avec un gros bouquin, ce qui est essentiel pour moi et ma petite mémoire :). En plus j’ai rarement le courage de tout lire dans les musées, avec mon dos qui me hurle de vite m’asseoir voire de me rouler en boule dans un coin, alors c'est vraiment pratique de feuilleter un livre qui apporte en plus beaucoup d'autres détails ou anecdotes historiques ou artistiques, confortablement installée dans mon lit... Je ne l’ai pas encore intégralement lu - j’ai encore celui sur Titanic à terminer, mais il a l’air très prometteur.

Voilà, évidemment, je n’ai pas parlé de tous les artistes, toutes les œuvres que l’on découvre, de tous les tenants et les aboutissants de ce mouvement pictural, car malheureusement ma mémoire a déjà commencé à faire son petit travail de déblayage. J’espère cependant que ça vous aura intéressés et donné envie d’aller y faire un tour ! La prochaine fois, j’écrirais l’article juste après être rentrée :) !